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Lundi 26 Avril
Nous quittons Palerme assez tôt espérant avoir une petite brise qui n'arrivera pas! Nous avançons donc au moteur en direction de Castellamare del Golfo plus à l'ouest.
Nous nous arrêtons faire le plein d'essence à Terrasini et en profitons pour manger tranquillement.
Quand nous repartons, le vent s'est levé et nous pouvons continuer les 15 derniers milles à la voile.
Castellamare s'avère être une très jolie petite ville dont le port est paisible. La saison n'ayant pas commencée nous sommes quasiment seul sur le ponton.
Mardi 27 Avril
Nous voulons rejoindre Trapani aujourd'hui, les prévisions météo étant favorables pour passer le Cap San Vito (à la pointe nord-ouest de la Sicile). Ceci car il y a toujours une mer confuse et croisée et les instructions nautiques précisent qu'elle est dangereuse pour de petits bateaux. C'est en partie dû à la présence d'un grand banc de sable débordant au nord de la pointe sur un bon mille.
La remontée de la côte se passe sans problèmes, même nous n'avons pas assez de vent à notre goût.
Cependant, arrivés à la hauteur du cap, le vent forci de plus en plus et du mauvais secteur...il est ouest-sud-ouest. On l'a dans le nez ! Même en faisant un près serré, s'il prend du sud nous sommes comme deux couillons sans aucun abri avant Trapani. De plus, la mer au cap n'est pas engageante, nous décidons donc de nous rabattre sur le port situé juste avant le cap San Vito.
Le lieu est magnifique, étonnant. Nous sommes au milieu d'un lagon aux eaux translucides dont les dégradés de bleus ravissent les yeux. Le long de l'immense plage de sable blanc se dressent des palmiers, du corail brisé est rejeté par la mer donnant à l'ensemble un côté paradisiaque. Nous nous demandons si nous sommes toujours en Sicile?!
Chose surprenante la ville n'est pas jolie du tout, elle fait penser aux villages désertiques dans les westerns (les magasins pour touristes en plus). Mais la beauté du site et la gentillesse des habitants font oublier cet aspect.
Mercredi 28 Avril
Nous reprenons la mer très tôt afin de pouvoir passer le cap sans difficultés. Nous partons sous voiles et en profitons une petite heure seulement. Le retour de la pétole! Allumage du moteur et c'est parti jusqu'à Trapani (nous voulons y être assez tôt car nous avons rendez-vous avec ma maman en fin de journée).
Tout le long l'eau continue d'être d'une transparence impensable. Avec 50 mètres de fond nous apercevons les méduses se déplaçant quelques mètres en-dessous de nous tandis qu'en surface nous croisons encore des centaines et des centaines de vélelles.
L'arrivée à Trapani est cocasse, il y a des rochers émergés ou immergés disséminés un peu partout, le trafic est assez conséquent, la vigilance est donc de mise.
Nous allons directement au club de voile italien qui nous a été recommandé par plusieurs de nos rencontres nautiques. A juste titre.
Nous passons une partie de l'après-midi et la soirée avec ma maman et son compagnon discutant et visitant Trapani.
Jeudi 29 avril
Nous décidons d'aller à Favignana, la plus grande des îles Egades. Celles-ci sont au nombre de trois et se situent face à Trapani. En raison de la richesse de leurs fonds marins (faune, flore, vestiges archéologiques) une zone marine protégée a été crée il y a presque 20 ans.
Là encore, l'eau y est cristalline, les fonds sont recouverts de posidonies qui abritent de nombreuses espèces animales telles des langoustes, des poulpes, des dorades, des éponges et des anémones peu communes.
Cependant l'île de Favignana doit sa réputation et son essor grâce à sa conserverie de thon Florio. Crée à la fin du XIXème siècle, c'était la plus grande de toute la Méditerranée. Elle est toujours en activité aujourd'hui même si une partie des bâtiments d'origine ne servent plus et sont laissés à l'abandon.
Cette conserverie est liée à la pratique ancestrale de la « mattanza », une pêche au thon musclée ayant lieu une fois par an en mai ou en juin.
A notre arrivée dans le port, nous sommes aidés à l'amarrage par deux sympathiques anglo-saxons. Nous les invitons le soir même pour les remercier de leur aide et faisons connaissance avec Mickaël (l'anglais), Eamon et Rebecca (les irlandais). Ils sont arrivés de Sardaigne quelques jours plus tôt où ils ont passé l'hiver après six mois de descente par les canaux français et la Corse. Ils sont partis au long cours, travaillent quand ils le peuvent pour refaire la caisse de bord et veulent continuer leur voyage dans toute la Méditerranée. Eamon et Rebecca ont mis 5 ans pour construire leur bateau en acier, gréé en jonque : peu performant côté voiles mais une merveille à vivre et à voir. Mickaël, lui, a tout lâché, s'est acheté un vieux, et beau, bateau en polyester qu'il a retapé et puis est parti « vivre l'aventure ». Ils se sont rencontrés à Port Saint-Louis-du-Rhône et ne sont pas quittés depuis.
Nous passons une chouette soirée en leur compagnie et espérons les revoir quand nous reviendrons la semaine prochaine sur Favignana. Nous retournons demain à Trapani mais allons revenir passer une semaine ici quand nos deux amis bordelais serons arrivés. Et oui, nous avons bientôt de la visite sur Chrysor...
Vendredi 30 avril
En fin de matinée, tout les renseignements nécessaires à notre retour pris, nous repartons vers Trapani afin d'être dans un port totalement sûr pour laisser passer le fort coup de sirocco prévu pour les trois jours à venir.
Comme à l'aller, nous ne naviguons qu'à la voile, Chrysor avance bien. Pour une fois nous avons un bon vent, ni trop ni trop peu. Encore quelques heures de plaisir, bercés par le son des vagues sur la coque.
Samedi 1er Mai
Journée tranquille à bouiner sur Chrysor. Manu exerce ses talents de bricoleur tandis que je lis. Il fabrique des dossiers en bois accrochés aux filières pour plus de confort quand nous sommes à la barre. Barrer sur Chrysor peut facilement devenir fatiguant pour le dos, les cervicales et le fessier!
Pour ce dernier, nous avons coincé de chaque côté du roof arrière des engins flottants permettant d'être rehaussés et d'avoir une assise plus agréable que le revêtement antidérapant du pont.
Dimanche 2 Mai
Nous partons nous promener dans les salines juste à la sortie de Trapani. La côte ouest de la Sicile est une zone de marais de Trapani jusqu'à Marsala. Sur 35 kms terre et mer se confondent, seuls émergent les moulins à vent et les monticules de sel. Les moulins et les détritus en plus, il y a un air de Camargue, la faune et la flore y sont sensiblement les mêmes. En fonction de la lumière du jour l'endroit est magique, hors du temps et du tumulte de Trapani blottie dans sa langue de terre. En chemin, nous trouvons de la roquette sauvage. Enfin! Depuis notre départ, nous n'avions pas encore réussi à en trouver alors que nous sommes au pays de la roquette!
En rentrant au bateau, nous nous arrêtons déguster une glace bien méritée. Car pour pouvoir nous rendre aux salines nous avons dû faire le tour complet du port, nous perdre dans les rues sans issues du port de commerce et au final marché 12 km. Bien entendu si la journée avait été consacrée au farniente nous aurions quand même mangé une glace ! Ce serait dommage de ne pas profiter du talent sicilien dans l'art de la glace. Pensez à une mousse au chocolat maison avec des zestes d'oranges : c'est une glace chocolat-orange sicilienne. Je ne rentrerai pas dans le détail de notre gourmandise et pourtant...
En début de soirée alors que le Sirocco a commencé à souffler, nous voyons arriver un gros catamaran. Manu les aide à s'amarrer à côté de nous. Il s'agit encore d'un convoyage France-Turquie.
Le skipper, Fred, est accompagné de son père et d'un équipier italien Filipo. Nous étions en train de préparer des panlades à leur arrivée, nous les partageons donc avec eux tout en discutant autour d'un verre.
Lundi 3 mai
Couchés tard, levés tôt : grosse fatigue !
Nous partons faire faire le marché aux fruits et légumes. Au passage, nous découvrons le marché couvert au poisson : grand choix, fraicheur garantie. Nous achetons des calamars et je les prépare « à la isa », certains d'entre vous ont déjà gouté ! Une prochaine fiche « Bateau à table »!
Dans la journée, de nombreux bateaux en transit arrivent au port, le vent continue à souffler mais plutôt gentiment.
L'après-midi, nous partons avec nos voisins pour prendre des renseignements sur les horaires et les coûts des bus et aliscafi pour Stéphanie et Vincent et aussi parce qu'un des équipiers rentre en Corse demain.
Après manger, ils nous invitent à boire un digestif et la soirée se prolonge ce soir encore sans que nous nous en rendions compte. Le vent s'est levé d'un coup vers 20h et à minuit nous avons un peu plus de 30 noeuds de vent, ça moutonne dans le port, les haubans sifflent de toutes parts, les bateaux se dandinent ou se heurtent pour certains. Nous sommes tous bien contents d'être au port.