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Samedi 22 Mai
Nous faisons les derniers pleins d'eau et d'essence, prenons la météo et vogue la galère... (ces 3 petits mots vont prendre tout leur sens d'ici peu).
Un petit moment de voile nous est offert, nous l'exploitons tant bien que mal (il est pas très vaillant l'coco) puis nous signons encore un pacte avec Johnson (notre moteur).
Le début de nuit se passe plutôt bien, puis vers 2 h du matin le vent se lève, face à nous. Étant fatigués et peu sûr de l'évolution de cette petite brise, nous optons pour un court arrêt à Palerme. L'arrivée est grandiose, non pas du fait des lumières ou de la beauté de la ville, mais des égouts. Souvenez-vous je vous ai parlé du déversement de ceux-ci chaque nuit dans la mer. Cette fois nous avons senti une odeur pestilentielle, portée par le vent (...dans le nez!), à environ deux milles avant l'entrée du port! Nous garderons un meilleur souvenir de notre premier passage...
Dimanche 23 Mai
Cinq heures de lourd sommeil plus tard, nous reprenons la mer en direction de Cefalù. Nous passons une journée mi-voile, mi-moteur et nous nous retrouvons encore avec un bon vent dans le nez à l'approche de l'entrée du port.
Bref, une fois l'amarre lancée et crochée nous pouvons gonfler l'annexe et Manu part chercher la météo dans le village à 1 km de là.
En vacances, nous? Non! Nous participons à un nouveau type de stage de remise en forme physique...
Nous commençons vraiment à percevoir le début de la saison estivale, les ports sont plus remplis, nous croisons énormément de français et d'autres européens, les pontons sont animés durant les week-end.
Lundi 24 Mai
La journée est splendide, la température encore en hausse et le vent toujours absent. Ça sent l'été ! Nous continuons notre avancée au moteur pour rejoindre Lipari où nous comptons refaire les pleins.
Est-ce parce que nous regagnons le repère d'Eole qu'une jolie brise se lève dans l'après-midi et nous permet de progresser à la voile? La mer reste belle, le vent parfait, les îles se révèlent peu à peu bref un bon moment de navigation.
En arrivant au port de Pignataro, les employés nous reconnaissent et nous avons droit à un tarif préférentiel sans avoir besoin de négocier...Comme quoi ça a des bons côtés de revenir sur ses pas...
Mardi 25-Mercredi 26 Mai
Chrysor est prêt à reprendre la mer, la météo n'est pas trop mauvaise. D'après les prévisions nous devrions avoir un peu de vent de temps en temps mais surtout beaucoup de moteur. Tant pis, nous voulons avancer et comptons rallier Acciaroli (à 40 milles au sud du golfe de Naples) tout en passant à proximité du Stromboli la nuit pour pouvoir profiter des gerbes de lave qui s'en échappent et illuminent le ciel.
En réalité, le volcan ne crache pas constamment de la lave mais des fumerolles visibles en plein jour seulement. Cependant, de temps en temps, nous apercevons des jets rougeoyants au-dessus du cratère et il faut reconnaître que le spectacle est très beau.
Durant les premières heures, nous profitons d'un petit air puis le soleil se couchant le vent en fait de même. Et c'est reparti pour une nuit au rythme du moteur...
Nous commençons nos quarts de nuit, deux heures chacun. C'est le temps nécessaire pour être bien fatigué à la barre et pour que l'autre puisse se reposer un peu.
A 4 heures du matin, je suis réveillée en sursaut par Manu : notre moteur vient de nous lâcher! Une épaisse fumée s'en échappe et ne laisse rien présager de bon. Le circuit de refroidissement ne fonctionne plus, une pièce a même fondue.
Nous voilà à la dérive en pleine mer tyrrhénienne, regardant passer les cargos, pétroliers, ferrys et autres « Pacific Princesse »...
Il n'y a pas le moindre souffle d'air, nous n'avons donc plus aucun moyen de propulsion si ce n'est la godille. Manu s'en sert d'ailleurs durant trois heures avec comme résultat de la fatigue pour peu d'avancée.
Nous sommes à 50 milles des premières côtes, dérivons gentiment (un léger courant nous porte au sud-est) et espérons que la petite brise prévue va se lever.
Et ben non. Aux abonnés absents la brise ! Il y a pétole comme nous n'avions pas encore vu. La mer est d'huile, nous voyons passer les dauphins et croissons même la route d'une tortue ! Superbe vision. Il y a de bons côtés à être « encalaminés » quand même!
On ne se laisse pas décourager pour autant, profitant de la chaleur estivale et de la possibilité de se baigner dès que le besoin s'en fait sentir c'est à dire toutes les 10 minutes...Un bon livre allongé au soleil pour terminer le tableau et cela paraît idyllique...avec un moteur en état de marche!
Mais c'est sans compter sur les nombreuses ressources de Manu ! Ayant un hors-bord dans un puits à l'arrière du bateau (heureusement), il remplacé le moteur défectueux par celui de l'annexe.
Après un test concluant, nous avons pu faire route à nouveau à la vitesse d'un escargot : à peine plus de 2 nœuds à l'heure. Seize heures plus tard nous sommes rentrés dans le port de Camerota. Et ceci sans avoir ressenti le moindre vent sur nos visages excepté à 1,5 milles de l'arrivée où nous l'avions... dans le nez !!
Jeudi 27 Mai
Nous dormons tout notre saoul et profitons de ce qu'il nous reste de la journée pour se reposer : lecture sur la plage, snorkling, promenade sur le bord de mer...Nous nous pencherons sur le problème du moteur demain !
Vendredi 28-Samedi 29 Mai
Avant de commencer à démonter le moteur, Manu prend conseil auprès du mécanicien ayant fait sa révision. D'ailleurs un grand merci à Gildas pour sa disponibilité et ses compétences qui nous aurons bien aidé.
En démontant, Manu s'aperçoit que la clef à pipe dont il a besoin n'est ni de 9 ni de 10 mais de 9,5 : une clef de norme anglaise que nous ne possédons pas. Direction le shipchandler et un magasin de bricolage, aucun ne l'a.
Nous finissons par aller voir au chantier naval de Camerota où le charpentier fini par bien vouloir nous prêter ladite clef. Manu peut enfin changer la turbine, remonter le moteur, le remettre en place et le verdict tombe : il fonctionne.
Mais il y a un petit hic : une pièce sur le dessus du moteur est endommagée, il faut la changer. Nous retournons au chantier voir s'ils ont cette pièce ou s'ils peuvent la commander.
Ils ne l'ont pas mais se renseignent auprès de collègues pour essayer de la trouver, personne ne l'a.
S'ils nous la commande elle ne sera livrée que d'ici 3 semaines...
La dernière solution est de fabriquer une pièce de substitution, avec un morceau d'inox taillé à dimension, maintenue par un joint résistant aux très hautes températures. Le fils du charpentier nous fabrique la pièce et nous apporte tout le nécessaire pour la placer sur le moteur.
Et tout ça pour nos beaux yeux étant donné qu'ils n'ont voulu aucun dédommagement... Ce qui est vraiment gentil de leur part et qui nous a rendu service en nous évitant de rester coincés plusieurs semaines dans ce port.